De la bonne école, ménagère.

Publié le par Michel Baujard

Ainsi donc, voici la rue envahie de nostalgiques, dont la principale nostalgie porte sur l'abandon des "hautes valeurs morales" par un gouvernement d'affreux gauchistes soixante-huitards attardés, alors que l'ex-président Sarkozy avait pourtant tenté de dissoudre  ce vilain mois de mai de la mémoire collective, par un permanent et vain discours présidentiel 

Que l'on ne s'y trompe pas, ces défilants-là ne regrettent pas 1933 mais 1973, et ce qui a précédé le coup d'état militaire du 11 septembre à Santiago du Chili, quand l'opposition cherchait à miner l'aurorité présidentielle. C'est à cette date que s'arrête leur mémoire collective. Ils sont incapables de retrouver plus joyeux printemps en automne. Avant le long hiver de la dictature, qu'ils aimeraient tant voir s'exercer un jour dans nos contrées européennes, et pas seulement en France.
 
Mais là n'est pas le sujet de ce billet. Le sujet est une tentative d'éclairer ce qui relève de l'ABCD de l'inégalité sur lequel repose notre socle scolaire depuis des décennies, et auquel il est heureusement tenté de remédier par un nouvel abécédaire, celui de l'égalité.
 
Par exemple,  ce "Guide de la bonne épouse", daté de 1960, donc en vigueur bien au-delà, voire toujours actuel pour certains, puisqu'il se trouve encore à l'honneur sur quelques sites web, ici ou , et sans doute ailleurs. 
"Faites-en sorte que le dîner soit prêt. Ne vous plaignez jamais s'il rentre tard à la maison. Ne l'accueillez pas avec vos plaintes et vos problèmes."
 
Mais il y a des variantes comme dans "Les bonnes manières à table"
"Attendre que la maîtresse de maison s'asseye avant de s'asseoir" 

Notez qu'il n'est pas question ici de vouloir renoncer ou s'opposer systématiquement aux "bonnes manières" mais de se demander pourquoi si c'est moi qui suis aux fourneaux et aux manettes de la soirée, je ne serais pas la "maîtresse de maison".  

Manuel d'économie domestique anglo-saxon ? Voire.

Souvenons-nous des "Écoles ménagères", avec un enseignement pratique pas si ancien, peut-être même encore actuel si l'on veut se donner la peine d'aller bien regarder de plus près par exemple du côté de l'enseignement spécialisé.

LES ÉCOLES MÉNAGÈRES, LEUR UTILITÉ POUR AMÉLIORER, LE SORT DES TRAVAILLEURS ET COMBATTRE LE COLLECTIVISME

Les socialistes poursuivent, déjà, une "œuvre de destruction sociale".

"À la faveur de la liberté d'association, les socialistes se sont organisés. Il se sont groupés tantôt en syndicats professionnels, tantôt en cercles d'étude, maisons du peuple ; ils ont créé des journaux et fait des brochures à bon marché, qu'ils répandent à foison ; ils ont multiplié les conférences, fondé des sociétés de secours mutuels et des sociétés coopératives, qui leur procurent une notable partie de l'argent nécessaire à leur propagande. Ils sont devenus une force inquiétante et poursuivent avec acharnement leur oeuvre de destruction sociale. Ainsi, après avoir, avec succès, promené la torche de l'erreur dans les centres industriels, les voilà qui vont maintenant remuer les campagnes. Après le travailleur de l'industrie, il leur faut séduire l'ouvrier des champs. Les pervertisseurs des villes ont rêvé de pervertir aussi les villages."

 

Contre le collectivisme, il faut instruire la femme de ses devoirs par l'éducation économique.

"L'éducation économique de la femme, voilà la première, la plus utile des réformes, pour combattre le paupérisme et saper, par suite, le socialisme dans sa base."
 
Oui, certes, seulement voilà...
"Où procurer à la femme cette éducation économique dont elle a un si réel besoin et qui lui fait pourtant si défaut ? — Au foyer domestique, répondront beaucoup."
 
Que nenni :

"Un concours de circonstances diverses ne permet que rarement à la jeune fille du peuple de faire son apprentissage de ménagère au sein de sa famille. À peine arrivée à l'âge de l'adolescence, elle part très souvent le matin pour le travail, et ne rentre au logis que le soir, exténuée et plus disposée à aller se reposer que de se livrer à l'exercice des travaux du ménage et se mettre en état de remplir les devoirs domestiques qu'elle aura à remplir à l'époque future de son mariage. Dans certains ménages, c'est la mère de famille elle-même qui s'absente pour le travail et laisse au foyer ses filles, sans guide et sans surveillance. Enfin, et c'est le cas le plus général, faute de savoir, la mère est incapable d'imprimer une bonne direction à l'éducation de ses filles. Devant cette difficulté, si pas cette impossibilité pour les jeunes filles d'acquérir chez elles les précieux enseignements de l'économie domestique, il faut bien avoir recours à l'école, à l'école spéciale d'éducation ménagère. Là, on lui apprendra tout ce que la vie comporte de soucis et d'affaires ; on la familiarisera avec les occupations multiples qu'exige la tenue du ménage; on l'initiera, en un mot, aux choses qui font du logis un foyer béni et adoré..."

marteau-pilon
C'est notamment au Creusot, ce berceau libertarien, et dans le département du Rhône que ces théories ont trouvé leur mise en application pratique.
 

Les Établissements Schneider. Économie sociale. Les écoles ménagères.

"La création d'une École Ménagère au Creusot fut d'abord une surprise pour les mères, qui n'en saisissaient pas toute l'utilité. Le fait n'est point nouveau : les pays les plus acquis actuellement à l'enseignement ménager connurent la même réserve. Dans son ouvrage sur « l'éducation domestique des jeunes filles » l'auteur belge, M. Frank, signale qu'en Belgique une opposition assez vive se manifesta de la part des mères de famille, trouvant « qu'une école doit avoir un but plus élevé et une mission autre que d'enseigner aux fillettes la connaissance pratique des choses du ménage ». Même résistance en Angleterre, où « une grande difficulté fut de vaincre l'hostilité des parents et surtout des mères de famille de la classe populaire». M. Rombaut, Inspecteur général des écoles techniques en Belgique, déclarait de son côté, à la réunion annuelle de la Société d'économie sociale, le 6 juin 1896, que les mères « ne pouvaient pas croire que l'école fût capable d'enseigner aux jeunes filles mieux et plus que ce qu'elles savaient elles-mêmes."

Cela vous paraît  dépassé, inactuel, loin de nos habitudes modernes ? Je n'en suis pas si sûr et pas seulement en France.  C'est en grande partie, ce monde perdu qui manque tant aux coalisés de toutes les nostalgies, qui savent, mieux que n'importe qui, instrumentaliser les enfants, raison pour laquelle ils leur est si aisé d'accuser les autres de le faire.

Pour finir avec un peu d'humour, qui ne sera sans doute pas du meilleur goût pour tout le monde, voici un texte, un rien espiègle, auquel les écoles de France semblent, pour l'instant du moins, avoir échappé. Mais sait-on jamais. ;)

Il date de... 1926 et est signé Pierre Louÿs :

Manuel de civilité pour les petites filles à l'usage des maisons d'éducation.

 

Michel Baujard

  

Source images série Les beaux dimanches

De la bonne école, ménagère.
De la bonne école, ménagère.
De la bonne école, ménagère.
De la bonne école, ménagère.
De la bonne école, ménagère.

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